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30
avr 2013
Les marcheurs
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      Lorsque j’ai rencontré Joseph pour la première fois, il se faisait appeler Thomas et marchait sur le bord de la route. (Ma chronique du 25 mars 2011). Je me suis arrêté à sa hauteur et je lui ai proposé de le conduire un peu plus loin. Il m’a répondu qu’il n’allait nulle part mais il est monté. Il a ensuite accepté de manger une petite omelette aux morilles et un peu de fromage avec quelques feuilles de laitue du potager. Nous avons parlé une grande partie de la nuit en écoutant Eldar Nebolsin interpréter brillamment l’intégrale des Préludes de Rachmaninov. Ses traits étaient creusés et ses yeux brillants, presque fiévreux. Ses cheveux broussailleux s’accordaient avec sa barbe grisonnante et lui dessinent un visage fatigué. Il a accepté de dormir sur le canapé. Le lendemain matin, il avait disparu à mon réveil. Ne laissant qu’un court message griffonné à la hâte : j’ai pris le reste du pain. Notre deuxième rencontre se fit grâce aux pandores qui l’avaient ramassé dans quelque recoin et ne savaient qu’en faire. Je le ramenai à la maison une fois encore et l’hébergeai quelques jours avant de le confier aux bons soins de mon amie Marthe, du Mas du Goth. Sans doute a-t-elle su l’apprivoiser car il y demeure encore à ce jour. C’est mon homme de main, aime-t-elle à répéter à qui s’offusquerait de sa présence. Il ne m’a jamais dit ce qu’il cherchait ainsi sur la route ou ce qu’il fuyait. Le sait-il lui-même ? Il allait comme ces nomades, libres ou qui le croient, qui portent des ailes aux pieds et vont sans but réel et sans contrainte. Mais peut-être pourrait-il reprendre aujourd’hui à son compte cette citation de Jules Blain rapportée par Jean-Paul Kauffmann dans le récit de sa remontée de la Marne: « Toute je t’ai goûtée, ô douceur du monde ! A présent je suis las du vent » ? Que cherchait-il, Jean-Paul Kauffmann, en remontant le cours de la Marne jusqu’à ce village de Balesme où elle prend sa source ? Il est parti un jour de septembre, sac à dos sur les épaules, comme on remonte le passé. En s’arrêtant le soir dans les auberges ou les chambres d’hôtes situées près du fleuve, sans réservation, bien sûr, sans entrave, sans horaire. Avec la sensation d’être libre tout en restant attaché à l’eau qui s’écoule à quelques pas, diverse, changeante, lumineuse, âpre, lourde parfois de ses alluvions mais légère et généreuse à la fois de toute la vie qu’elle entraîne avec elle. Point de nostalgie dans ses pages riches de sa longue proximité avec le fleuve et de ses rencontres avec des hommes plutôt taiseux, une campagne presque inanimée et des chemins qui ne gardent plus guère la trace que des randonneurs. Ce n’est pas la fuite d’un monde qui pousse Jean-Paul Kauffmann mais l’espoir au contraire de puiser encore, à hauteur d’homme et de terre, au cœur de son enfance et de son Pays. La démarche inverse, au fond, de celle de Jean-Christophe Ruffin lorsqu’il se lance dans un pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle. Un besoin de se retrouver après sa course autour du monde. De faire le tri, comme il dit, de jeter le superflu par-dessus bord. C’est évidemment le contraire qui va se produire. Il va s’enrichir lui aussi de rencontres, de petits faits, de grands paysages qu’il nous raconte avec le recul de l’autodérision et la vivacité de l’humour. La dimension spirituelle est toujours là, mais en filigrane sous  les problèmes  pratiques les plus triviaux. Le parcours de Jean-Paul Kaufmann tourne plutôt autour de lui. Le chemin de Jean-Christophe Ruffin nous révèle surtout les Jacquets qui marchent et souffrent comme lui. Pied levé ne garde pas la poussière, dit le proverbe bantou. Dans l’un et l’autre cas, ils nous enrichissent au contraire d’un récit bien éloigné du folklore mais qui révèle toujours un Pays et des Hommes. (« Immortelle randonnée, Compostelle malgré moi », Jean-Christophe Ruffin, éditions Guérin et « Remonter la Marne », Jean-Paul Kauffmann, éditions Fayard)

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